Dans quelques jours les Carmes du diocèse de Bordeaux s’apprêtent à célébrer saint Simon Stock, grande figure du Carmel. Mais pourquoi les reliques d’un religieux anglais du XIIIème siècle sont-elles conservées à la cathédrale Saint-André ? Son parcours entre la Terre Sainte et l’Europe peut être une clé de réponse.
De Kent à Bordeaux, il n’y a qu’un pas
L’histoire de saint Simon Stock suit celle du Carmel, un ordre religieux né en Terre Sainte et contraint de s’implanter en Europe au XIIIᵉ siècle. Né vers 1165 dans le Kent, en Angleterre, Simon Stock rejoint les frères du Mont Carmel. Mais les bouleversements liés aux croisades obligent les Carmes à quitter progressivement la Terre Sainte. L’Ordre doit alors trouver sa place en Occident. Élu prieur général vers 1247, Simon Stock joue un rôle essentiel dans cette transition. Il parcourt l’Europe, visite les communautés, encourage la fondation de nouveaux couvents et contribue à faire reconnaître le Carmel comme un ordre mendiant.
Ses déplacements le conduisent jusqu’en Aquitaine. C’est au cours d’une visite auprès des frères Carmes qu’il arrive à Bordeaux, où il meurt le 16 mai 1265. Son tombeau devient rapidement un lieu de dévotion. Au fil des siècles, ses reliques sont transférées à la cathédrale Saint-André, où elles sont toujours conservées. C’est cette présence, unique en France, qui fait de lui une figure spirituelle du diocèse et explique qu’il y soit encore fêté aujourd’hui.
N’est pas girondin qui veut
Si saint Simon Stock est resté dans l’histoire, c’est surtout en raison de la tradition du scapulaire : pièce de tissu portée sur les épaules par les Carmes, faisant partie intégrante de leur habit religieux. Selon la tradition carmélitaine, alors que l’Ordre traversait une période difficile, la Vierge Marie lui serait apparue en lui remettant le scapulaire, signe de sa protection et de sa proximité avec les Carmes.
Pour sœur Marie-Joëlle, prieure du monastère des Carmélites de Bordeaux-Talence, l’apparition de la vierge à saint Simon Stock « est comme une confirmation du caractère marial de l’Ordre, de sa mission de garder présente l’intimité du Christ avec sa mère ». Cet épisode marque en profondeur le lien entre l’Ordre et Marie. La prieure le rappelle d’ailleurs à travers la devise Totus marianus est Carmelus : « le Carmel est tout entier marial », pour les non latinistes.
Aujourd’hui encore, le scapulaire est porté par les religieux, mais aussi par de nombreux fidèles sous une forme plus discrète. Plus qu’un objet de protection, il est « comme un résumé de la spiritualité du Carmel. Il s’agit de se placer sous le manteau de Marie pour vivre toutes choses avec elle et en elle », explique la prieure. Une manière de se laisser conduire vers le Christ en suivant l’exemple de Marie.
Une autre tradition attribue également à saint Simon Stock l’invocation qui conclut aujourd’hui le Je vous salue Marie : Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Pour la prieure, ces paroles constituent « en quelque sorte son testament spirituel ». Elles traduisent « cette confiance filiale qu’il avait témoignée toute sa vie envers la Vierge Marie » et rappellent que « Marie n’est pas au centre. Elle nous donne Jésus et nous conduit à Lui. »
Huit siècles après sa mort, saint Simon Stock continue ainsi de relier Bordeaux à l’histoire du Carmel. Un héritage qui se lit autant dans les reliques conservées à la cathédrale que dans la spiritualité toujours vivante des carmélites de Bordeaux-Talence.
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