Paroisse du Cap Ferret-sud Médoc

Inauguration de l’ermitage du Saint-Sépulcre – entretien avec le père Samuel Volta

À l’occasion du 3ème vendredi de carême, le diocèse s’est réuni pour vivre la journée annuelle de mémoire et de prière pour les personnes victimes d’agressions sexuelles dans l’Église. Ce rassemblement fut l’occasion d’inaugurer l’ermitage du Saint-Sépulcre comme lieu mémoriel diocésain. Entretien avec le père Samuel Volta, cheville ouvrière de ce projet.

Qu’est-ce que l’ermitage du Saint-Sépulcre et quelle est son histoire ?

Nous ne disposons pas d’éléments historiques très précis sur l’origine de cet ermitage. Il remonte à l’époque où les Carmélites étaient installées sur le site, à partir de 1865.

Dans la tradition du Carmel, il est courant de trouver, à l’intérieur de la clôture monastique, de petits ermitages : des lieux de retrait où les moniales vivent des temps de désert, de prière et de solitude.

Sur le site actuel de la Maison Saint-Louis Beaulieu, deux ermitages subsistent. L’un d’eux, aujourd’hui dédié aux personnes victimes d’abus, a fait l’objet d’une restauration progressive ; l’autre nécessite encore d’importants travaux.

La rénovation du petit ermitage a débuté en 2018-2019, lorsque la communauté du Séminaire Saint-Joseph, touchée par l’état de délabrement du lieu, a entrepris les premiers travaux, notamment la reprise de la charpente et de la couverture. À l’origine, il s’agissait d’en faire un lieu de prière pour les séminaristes.

En 2021, à la suite de la remise du rapport de la CIASE, le conseil presbytéral a souhaité donner à ce lieu une signification nouvelle : en faire un espace mémoriel pour les personnes victimes d’abus dans l’Église. Des prêtres du diocèse se sont alors engagés dans les travaux (démolition des voûtes dégradées, premiers travaux de ravalement), avant de passer le relais à des entreprises spécialisées pour les interventions plus techniques : maçonnerie, huisseries, vitraux des rosaces.

Enfin, plusieurs personnes, dont une sœur de la communauté Marie Mère de l’Église, ont contribué à la mise en valeur du lieu : nettoyage du gisant en pierre et éclairage. Peu à peu, ce lieu blessé a été relevé, restauré, et transformé en un bel espace de mémoire et de prière.

Ce monument a été béni par Mgr James le vendredi 13 mars 2026 à l’occasion de la Journée annuelle de mémoire et de prière pour les personnes victimes d’agressions sexuelles. Quel est l’objectif de cette journée ?

Cette journée mémorielle a été instituée par les évêques de France à l’automne 2021, dans le sillage du rapport de la CIASE. Elle est célébrée chaque année le vendredi de la troisième semaine de Carême dans les diocèses de France, avec la possibilité d’être déplacée au dimanche précédent ou suivant pour permettre une plus large participation.

Des propositions nationales sont envoyées à tous les diocèses et paroisses pour que dans chaque communauté, la parole des personnes victimes soit accueillie et reconnue. Les communautés sont invitées à prier pour les personnes victimes de violences sexuelles, d’abus de pouvoir et de conscience au sein de l’Eglise. Les communautés se saisissent des propositions nationales et proposent des temps de prière, des messes à l’intention des victimes, des chemins de croix, des temps de partage…

Pourquoi cet ermitage a-t-il été choisi comme lieu mémoriel pour le diocèse ?

Cet ermitage se situe au cœur de la vie diocésaine, dans le cadre paisible et recueilli du parc de la Maison Beaulieu. C’est un lieu chargé d’histoire spirituelle : des moniales y ont prié, des générations de séminaristes y ont été formées, et aujourd’hui encore, il accueille de multiples états de vie.

En devenant un lieu mémoriel, il inscrit dans la chair même du diocèse le drame des abus commis au sein de l’Église.

Le gisant du Christ, longtemps oublié dans un espace fermé et en ruine, est désormais mis en valeur. En entrant dans l’ermitage, on est saisi par ce corps marqué par les souffrances de la Passion. Il fait écho aux blessures profondes laissées par les abus : des vies brisées, des traumatismes durables, parfois jusqu’au désespoir.

Au-dessus du gisant, une icône représente le Christ descendant aux enfers. Il brise les portes de la mort et saisit Adam et Ève par le poignet, eux qui ne peuvent, par eux-mêmes, s’accrocher à lui. Cette image dit l’espérance : le Christ vient rejoindre l’humanité blessée jusque dans ses enfers, pour la relever et l’entraîner dans la lumière de la Résurrection.

Une personne victime d’abus dans son enfance a témoigné lors de l’inauguration. Quel rôle va avoir ce lieu pour les personnes victimes d’abus ?

Par ce lieu, l’Église diocésaine veut poser un acte clair : reconnaître la souffrance des personnes victimes d’abus, en particulier lorsque ces violences ont été commises dans un cadre ecclésial. Ce lieu est d’abord un signe : celui d’une mémoire assumée et d’une parole qui ne doit plus être étouffée.

Il peut aussi devenir un espace de réconfort et, pour certains, un premier pas vers un chemin d’accompagnement et de reconstruction. Bien au-delà du cadre strictement ecclésial, des personnes blessées dans d’autres contextes peuvent également s’y reconnaître et y trouver un écho à leur propre histoire.

Nous avons volontairement laissé ce lieu ouvert à des initiatives. Nous souhaitons que les personnes victimes puissent, si elles le désirent, se l’approprier : par le dépôt de plaques, d’ex-voto, par la transmission de témoignages, ou simplement par une présence silencieuse.

Ce lieu n’est pas figé : il est appelé à devenir un espace vivant, habité par la mémoire, la prière, et, nous l’espérons, par un chemin d’espérance.

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