Méditation en attendant les Cendres

merc 17/2//2021 – Entrée en Carême

Les mains sales…..

Ces temps derniers, la Congrégation Romaine pour le Culte Diivin, tenant compte des nécessités de la crise sanitaire actuelle, proposait une manière particulière de remise des cendres lors de la célébration d’entrée en Carême : < Le célébrant, ayant dit à tous une seule fois « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle », fera tomber un peu de cendres sur la tête des fidèles sans contact et sans autre parole >.

Ce rite consistant à se couvrir de cendres et, éventuellement, de vieux vêtement déchirés, dans des circonstances souvent humiliantes ou douloureuses, est étonnement banal et fort complexe. Selon la Bible, il trouverai son origine à Ninive, lors du passage de Jonas appelant la population à la conversion…

Cette cendre/poussière est l’aveu que je ne mérite plus d’être regardé comme une créature de Dieu… je ne suis plus rien, ne vaut plus rien…

Mais en fait, on découvre ces mêmes coutumes, avec quasiment la même signification, dans bien des civilisations et cultures : en Asie centrale, chez les Hottetots ou les Bantous en Afrique, en Amérique du Sud comme en Mélanésie…. Il semblerait qu’à certains moments, les hommes, où qu’ils soient, prennent conscience de leur fragilité, de la vanité ou de la vacuité de leur condition (voir ce qu’en dit le bouddhisme). Et cela les met en état d’affliction….

Pourtant, il semble aussi que celui qui vit ce « deuil » de sa faiblesse ou de sa souffrance, soit convaincu en même temps que quelqu’un – une puissance qui le dépasse – peut le remettre debout, en état de projets et de croissance.

Le Carême chrétien nous dit que nous sommes tous sales de notre humanité pécheresse, mais que Jésus, l’Envoyé du Pre, nous lavera par l’eau et le sang coulant de son cœur aimant sur la Croix….

Et nous croyons fermement qu’il nous transformera à son image dans sa résurrection : c’est la Pâque (pessah = le passage) de Dieu parmi nous. Il vient nous chercher là où plus rien n’existe (cendres), et nous prenant par la main nous emmènera là où tout est Vie.

Le philosophe et dramaturge Jean-Paul Sartre analyse finement cette démarche dans sa pièce « Les mains sales ». Il montre que chacun, quel qu’il soit, quelque soient sa culture, son éducation, sa raligion.. est bien obligé, dans sa participation à la vie sociale nécessaire, de se « salir » les mains à toutes les besognes de la vie ; elles ne sont pas toutes parfaitement vertueuses. Pour lui, non-chrétien, c’est l’Espérance collective de l’humanité et sa capacité de dépassement de soi qui le transformeront….

Recevoir les Cendres sur le front (ou sur la tête), c’est acccepter de se laisser reconnaître comme pêcheur par les autres ; ne voyant pas moi-même ma propre poussière, je ne vois que celle de l’autre, mon vis-à-vis, et je rsique de me dire : « lui est pêcheur devant Dieu..»

Et si je recevais les Cendres dans mes mains, je les verrai salies et je me dirais à moi-même : « je suis pêcheur devant Dieu..» Et contemplant la source de ma honte, je découvrirai aussi Celui qui a pris sur lui nos péchés.. Il est descendu au craux de notre humantité pour nous arracher à nos désespérances.

Alors, probalbement, certians diront : « Mais, quand nous irons commu-nier, nous aurons les mains sales ! »

Et ce ne sera là que la vérité de nos vies. Jésus lui-même affirma qu’il est venu pour les malades, les pêcheurs … Il n’a pas craint de côtoyer les publicains et les prostituées, les lépreux et les tordus en tous genre ; et par la Miséricorde du Pére, il les a purifiés, guéris, relevés.

En tendant les mains pour recevoir les cendres, nous les tendons aussi vers Celui qui vient nous sauver.

« Viens, Seigneur, viens nous sauver…

Toi, Seigneur qui sait nous aimer. »

Yves Bouygue,

1er dimanche de Carême

La théologie de l’alliance est mise en valeur durant tous les dimanches de Carême. Aujourd’hui nous avons le texte de la Genèse qui présente Noé sauvé par Dieu du déluge. L’Arc en ciel est le signe de cette Alliance entre Dieu et la terre. Avec Jésus, l’Alliance a besoin du désert pour permettre à Jésus de retrouver l’essentiel.

Au désert, Jésus est vainqueur de la tentation.

Nous sommes invités aujourd’hui à faire avec le Christ cette expérience du désert. Le temps des mesures sanitaires est une pénitence forcée !

Cela ne nous empêche pas, bien au contraire, de nous désencombrer de tout le superflu que nous donne une consommation abusive, pour retrouver l’essentiel.

Donnons davantage de temps à la prière, au silence. Réduisons le temps passé sur les réseaux sociaux (téléphone portable, ordinateur…).

Le désert, c’est se mettre devant Dieu en s’éloignant des contingences matérielles.

Les 40 jours du Carême sont un temps privilégié pour renforcer l’Alliance avec le Seigneur.

Baptisés, nous sommes les membres de l’Eglise, et l’Eglise est une arche où nous sommes embarqués.

 

Père Guy Météreau