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Secours Catholique : 80 ans au service de la fraternité

Cette année, le Secours Catholique- célèbre ses 80 ans. Dans cet entretien, Joséphine Lavaud, vice-présidente de la délégation de la Gironde, revient sur les nouvelles formes de précarité, les défis de l’association et la place essentielle de la fraternité dans son action.

Le Secours Catholique–Caritas France célèbre cette année ses 80 ans. Que représente cet anniversaire pour vous et quel regard portez-vous sur l’évolution de la mission de l’association depuis sa création ?

Cet anniversaire est l’occasion de célébrer le chemin parcouru : 80 ans de lutte contre les causes la pauvreté et l’exclusion, avec les personnes qui la vivent.

C’est l’occasion de remercier celles et ceux qui ont fait vivre le Secours Catholique, hier comme aujourd’hui. Celles et ceux qui ont porté de grands combats, comme la création du RMI, le renforcement de la solidarité internationale ou l’évolution du regard sur la précarité, notamment à travers le rapport statistique annuel. Mais nous pensons aussi à toutes les personnes qui, au quotidien, dans la discrétion, au sein de nos équipes locales, retissent le lien social à travers des gestes simples : partager un repas, accompagner une demande de RSA, cultiver un jardin ou offrir un café en se mettant à l’écoute.

Célébrer ces 80 ans, c’est exprimer notre profonde gratitude et mettre en lumière tout ce qu’il y a de beau, de juste et d’inspirant dans cet engagement collectif.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels le Secours Catholique est confronté en Gironde ? Les situations de précarité ont-elles changé ces dernières années ?

En Gironde, le Secours Catholique accueille chaque année près de 10 000 personnes au sein de 34 équipes aux missions complémentaires : boutiques solidaires, accueils de jour, accompagnement à la scolarité, groupes de partage, jardins partagés…

Les situations rencontrées sont diverses, mais plusieurs évolutions sont particulièrement préoccupantes : l’augmentation du nombre de femmes, d’enfants, de travailleurs pauvres et d’étudiants en situation de précarité.

Nous constatons également une hausse importante des demandes d’aide alimentaire, devenue un besoin majeur. Face à cette réalité, la délégation de la Gironde a initié un travail de fond pour ajuster notre réponse à cette demande en consultant les personnes en précarité que nous accompagnonset en questionnant nos pratiques.

Le Secours Catholique a fait de l’accès à une alimentation digne une priorité nationale, notamment à travers son programme « Ensemble bien manger, bien vivre », qui défend le droit de chacune et chacun à une alimentation de qualité, choisie et accessible. 

Au-delà de l’aide matérielle, le Secours Catholique insiste sur la création de liens et la fraternité. Pourquoi cette dimension est-elle essentielle, et comment se traduit-elle concrètement sur le terrain ?0

Notre association s’inscrit dans un accompagnement sur le temps long, avec pour objectif de favoriser le développement du pouvoir d’agir des personnes que nous accompagnons. Cette ambition repose sur la reconstruction de la confiance et la qualité de la relation.

Les personnes qui sollicitent une aide financière, alimentaire ou matérielle ne font presque jamais face à une seule difficulté. Précarité, santé, emploi, logement, isolement ou fragilités familiales s’entrecroisent souvent. Derrière une demande se cache souvent une histoire de vie complexe. C’est pourquoi nous nous attachons à accueillir d’abord une personne, et non une liste de difficultés à résoudre. La rencontre fraternelle, la qualité de la relation et l’amitié sociale, à laquelle nous invitait  le pape François et aujourd’hui Léon XIV, sont au cœur de notre engagement.

Quelle que soit l’action menée, la rencontre reste notre priorité. Nous voulons être des éveilleurs ou réveilleurs de confiance, en soi et entre tous, afin de permettre à chacun de retrouver sa place et sa capacité d’agir.

Cette démarche contribue à lutter contre les inégalités tout en transformant celles et ceux qui la vivent, accueillis comme accueillants. C’est le sens de cette « révolution fraternelle » : une amitié avec les plus vulnérables qui répare notre humanité et nous invite à ne plus détourner le regard.

Depuis le mois de mai, de grandes tablées ont été organisées partout en France. Quel était le principe de ces rencontres ? D’autres événements sont-ils organisés au cours de l’année en Gironde ?

Sous le slogan de « Fraternité sur place et à emporter », nous avons organisé une vingtaine de grandes tablées à travers la Gironde pour célébrer les 80 ans du Secours Catholique.

Ces rencontres ont rendu visible ce qui se vit au quotidien dans nos équipes, en associant bénévoles, personnes accueillies, partenaires, élus, habitants et voisins. Elles ont été des moments conviviaux, festifs et porteurs d’espérance.

Nous avons aussi placé la dimension spirituelle au cœur de ces célébrations. Dans le respect des convictions de chacun, nous considérons que prendre soin de la vie spirituelle fait pleinement partie de l’accompagnement et nourrit cette « révolution fraternelle ».

Chaque année, notre campagne de fin d’année (octobre-novembre) est un temps fort de mobilisation, avec des rencontres dans les paroisses et des espaces de dialogue, comme un ciné-débat cette année. À l’approche des élections, nous souhaitons également favoriser l’expression et les débats avec des personnes en situation de précarité afin que leurs préoccupations soient entendues par les candidats.

Le Secours Catholique repose largement sur l’engagement de ses bénévoles. Qu’est-ce qui les anime aujourd’hui et comment donner envie, notamment aux plus jeunes, de rejoindre cette aventure humaine ?

Notre réseau de bénévoles, présent en milieu rural, urbain et périurbain, puise sa richesse dans sa diversité. 

Ce qui nous anime ? Notre projet associatif. Celui-ci découlede l’enseignement social de l’Église qui ancre la justice socialedans de grands principes : la dignité de chaque personne, la recherche du bien commun, la solidarité, l’option préférentielle pour les pauvres, la subsidiarité, la destination universelle des biens et la sauvegarde de la maison commune. 

Des principes qui parlent à tous, pas seulement aux catholiques et qui trouvent un écho particulier auprès des jeunes.

Comme beaucoup d’associations, nous devons cependant nous adapter à l’évolution du bénévolat. Le bénévolat est davantage ponctuel : une mission de quelques semaines ou de quelques mois, plutôt qu’un engagement de longue durée. Les attentes en matière de souplesse sont plus fortes, notamment pour les personnes ayant une activité professionnelle ou des contraintes familiales

Ce sont des défis pour demain, mais aussi de belles perspectives, porteuses de créativité et d’espérance.

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