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Un Noël de l’Espérance

C’est le Noël de l’année jubilaire. « L’espérance ne déçoit pas » (Rm 5, 5). Je vous propose de regarder le Mystère de Noël, à partir de cette phrase de saint Paul. Nous l’avons méditée tout au long de l’année. Et nous fêtons Noël, riches de ce que nous avons reçu au cours de l’année jubilaire. Très concrètement, je vous propose de le faire à partir de l’icône de la Nativité de nos frères chrétiens d’Orient.

Au centre de l’icône, une grotte, les rochers semblent s’ouvrir. Des ténèbres de la grotte, des ténèbres de notre monde fracturé et meurtri par les guerres et les violences, une sorte de point lumineux : Jésus nouveau-né. Sur lui, un triple rayon de lumière qui vient d’en haut : « Il est la vraie Lumière qui éclaire tout homme » ( Jn 1,9). Dans les obscurités, les épreuves d’aujourd’hui, quel rayon de lumière avons-nous reçu au cours de cette année jubilaire ? Regardons bien l’icône : l’enfant nouveau-né est emmailloté, mais cela ressemble aussi au linceul qui entoure le corps de celui qui est mort. L’enfant nouveau-né est bien couché dans une crèche ; mais en même temps, la crèche, la mangeoire ressemble à un cercueil qui ensevelira Jésus. Celui qui a écrit l’icône ne peut pas séparer le mystère de la nativité et le mystère de Pâques : l’Enfant-Dieu de la crèche, se donne par amour, de la crèche à la croix. Regardons encore ce nouveau-né : Dieu s’est fait petit enfant ; il s’est identifié à ceux qui ne comptent pour rien ; à l’époque, en effet, les enfants ne comptaient pour rien. L’Incarnation renforce notre conviction de la dignité inaliénable de la personne humaine. « Par son incarnation, Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme » (GS 22,2).  Alors, cette conviction nous fait regarder autrement la personne handicapée, le vieillard grabataire, et l’enfant trisomique. La fondatrice d’ATD Quart Monde, Geneviève de Gaulle, évoquait le Noël passé dans la forteresse du camp de concentration où elle était enfermée seule au cours de la dernière guerre mondiale. Elle était traversée par le désespoir. Comment la lumière de Noël pouvait la rejoindre ? Et voilà que, par l’ingéniosité et la fraternité risquée de ses codétenues, elle reçoit un cadeau dérisoire : quelques branchages et une sorte d’écharpe confectionnée avec des bouts de laine. Elle écrira plus tard : « Je dois aux pauvres d’avoir compris que le secret de l’espérance c’est la fraternité ».

Continuons ce regard sur l’icône. La personne d’une taille un peu démesurée : c’est Marie. On n’est pas habitué à la voir ainsi. Elle est allongée, dans l’attitude de la personne qui a accouché. « Marie accoucha de son fils premier-né » (Lc 2, 7). Elle a une taille très grande ; par elle, il s’est passé quelque chose d’important : le Christ est « né d’une femme » (Ga 4, 4) écrit saint Paul. Le concile de Nicée affirme du Christ : il est vrai Dieu et vrai homme. C’est le Credo de Nicée dont nous avons célébré les 1700 ans. « Nicée ne fut pas une célébration, mais une lutte, une guerre spirituelle où se jouait le cœur même de la Révélation : le Christ est-il une créature ou Dieu véritable ? Sommes-nous simplement éclairés par un maître, un enseignant, quand bien même exceptionnel, ou bien sauvés par le Dieu vivant ? » (Patriarche Bartolomeos aux évêques de France à Lourdes). Comment cette année jubilaire nous a fait grandir dans la foi et l’espérance chrétiennes ?

Comme pour appuyer notre foi en l’Incarnation du Fils, l’icône en bas à droite, représente le premier bain de l’Enfant Jésus. Le Fils de Dieu s’est laissé laver, habiller. Quel rapport à notre propre fragilité ? Combien celle-ci peut être éprouvante quand l’âge avance et que les gestes élémentaires sont rendus impossibles : nous pensons à nos proches, à nos frères et sœurs âgés, devenus dépendants.

Mais continuons notre regard sur Notre-Dame : elle tourne le dos au bébé qui vient de naître. Bizarre, pour une maman ! Habituellement, une maman sert dans ses bras son nouveau-né. Se désintéresse-t-elle de son bébé ? Assurément non ! Le geste dit la mission de Marie : donner son fils, offrir son fils. C’est vrai pour elle, c’est vrai pour nous. Notre mission c’est bien de proposer le Christ Jésus, d’offrir le Christ. Et la foi grandit au fur et à mesure qu’elle se donne. Un moine syrien écrivait : « Tant que nous n’avons pas pris conscience que tout ce qui nous est donné, c’est pour les autres, le Seigneur ne peut pas nous nourrir de ce qu’Il nous donne pour les autres ».

Passons aux deux personnages : à gauche en bas. On y reconnaît Joseph, l »époux de Marie, en doré ; et face à lui, un vieil homme. Joseph est assis, le dos courbé, la tête appuyée sur une main, dans une attitude pensive, comme s’il était absent de tout ce qui se passe. Cela exprime ce que vit cet « homme juste », son humilité devant le mystère de l’Incarnation. Un vieil homme est devant lui : il lui souffle tous les doutes, toutes les questions. Les questions de la foi : tu crois à des choses pareilles ? Dans l’Évangile on parle du songe de Joseph, et l’encouragement d’un messager à prendre avec lui Marie, son épouse : « ne crains pas. » (Mt 1,20).  Dans l’Évangile, il n’y a aucune parole de Joseph. Il ne dit rien mais il agit. Il va protéger Marie du massacre qu’on lui annonce ; il emmène la mère et l’enfant en Égypte. Puis il forme Jésus au métier de charpentier. Pas de discours… des actes. J’aime le silence et l’action de Joseph dans nos groupes humains trop habités par l’excès de paroles et le défaut d’engagement. L’amour concret, les engagements concrets font grandir l’espérance. « L’espérance naît de l’amour et se fonde sur l’amour », écrivait le défunt pape François pour le jubilé. En avons-nous fait l’expérience au cours de cette année jubilaire ?

Et puis il y a les bergers. On ne sait plus guère à quel point c’étaient des êtres accablés de misère. Ils occupaient le plus bas de l’échelle sociale de l’époque, et souffraient de leur mauvaise réputation. On se méfiait d’eux, on les tenait à l’écart. Or l’ange du Seigneur s’adresse à eux : « soyez sans crainte, je vous annonce une grande joie. » Ce sont les premiers avertis, les premiers destinataires de la Joyeuse Nouvelle. Et puis il y a les mages, peut-être des savants de l’époque, représentés à cheval ; ils sont en route, guidés par l’étoile.  Ce sont des chercheurs de Dieu.  Un des douze hommes de l’espace qui ont eu le privilège de fouler le sol lunaire, Irwin racontait : « lorsque je me suis retrouvé sur la lune, regardant le lever de terre, j’ai eu le sentiment que quelqu’un était avec moi. Des mots de la bible me sont venus aux lèvres : je lève les yeux vers les montagnes d’où me vient le secours. Le secours me vient du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Cela ne m’était jamais arrivé auparavant. J’ai soudainement pensé que peut-être j’étais en train de voir la terre à la façon dont Dieu la voyait. Avant le vol, j’étais du genre technicien. Aujourd’hui je sais qu’il existe quelque chose de plus important que la science et la technique. » Oui, nous marchons vers un but, le Christ, notre Espérance. Quel pas avons-nous fait cette année ?

Et l’icône associe les animaux, la végétation, le cosmos. L’évènement de Noël rejaillit sur la création tout entière, sur notre maison commune : Laudato si’, loué sois-tu mon Seigneur ! Chers amis, pour vivre ce Noël de l’année jubilaire, Noël de l’Espérance, je vous encourage à regarder l’icône de la Nativité ; et devant elle, à relire cette année 2025 qui s’achève, dans l’action et dans la prière.

À tous, je souhaite un bon Noël,

+Jean-Paul James

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