Retrouvez l’édito de Mgr Le Vert pour le mois de février 2026.
Il se passe un phénomène étrange dans l’Église qui est en France. Un phénomène étrange, mais divin. Et notre diocèse de Bordeaux n’y échappe pas ! C’est l’explosion des demandes de baptême, de première communion et de confirmation, chez les adultes comme chez les adolescents. Ils sont des milliers ! Quelle joie ! Oui, une grande joie, qui doit être celle de toutes nos communautés ecclésiales ! C’est un signe de la vitalité de notre Église.
En 2025, les catéchumènes (c’est-à -dire les personnes demandant à être baptisées), adultes et adolescents réunis, étaient plus de 17 800 (cela représente, pour les adultes, une hausse de 45 % par rapport à l’année 2024). En 2026, ce nombre total dépassera les 20 000. En dix ans, l’Église en France a connu une augmentation des catéchumènes de plus de 160%. Et les proportions sont similaires pour les demandes de confirmation. Ce phénomène existe dans d’autres pays « de vieille chrétienté », mais dans des proportions plus faibles qu’en France. Pourquoi notre pays est-il ainsi le théâtre de ce phénomène ? C’est un mystère. Mais nous n’allons pas bouder notre joie. Et surtout, aucun de nous ne peut y demeurer indifférent ou ne pas se sentir concerné.
Il nous faut en effet interpréter ce signe venu du Ciel. Nous manquons certainement de recul pour cela, mais d’ores et déjà , nous pouvons y voir un encouragement de la part du Seigneur qui nous rappelle que c’est Lui le Maître de la Mission, que c’est Lui qui attire à Lui, qui touche les cœurs et se révèle. Cela ne veut cependant pas dire que tout cela s’est fait sans nous. Les lettres des catéchumènes montrent bien la diversité des médiations par lesquelles le Seigneur est passé. Une chose est sûre en tout cas : nos communautés ecclésiales sont bousculées et en même temps renouvelées par le témoignage de ces nouveaux venus. Le grand défi qui se présente désormais à nous est qu’ils deviennent des disciples du Christ. Ce sont donc nos communautés paroissiales tout entières qui doivent prendre conscience de cette mission collective, en mettant en place les moyens de les incorporer, avant comme après le baptême ou la confirmation.
Car demander un sacrement de l’initiation chrétienne (baptême, eucharistie ou confirmation), c’est entrer dans une famille : l’Église. Et nous, « vieux catholiques », avons à accueillir ces catéchumènes et ces recommençants comme on accueille un nouveau-né dans une famille. Cet afflux doit nous pousser à un changement de mentalité. ; cela ne concerne pas seulement le pasteur et l’équipe de catéchuménat. Chaque fidèle y a sa place et y joue un rôle unique, exactement comme la naissance d’un enfant dans une famille implique tous ses membres, et pas seulement la mère et le père. Cette attention générale peut commencer à s’exprimer spécialement lors de la célébration de l’entrée en catéchuménat. Elle peut se manifester dans les Fraternités chrétiennes de proximité qui aideront à la croissance des catéchumènes et des néophytes. Leur proposer d’en rejoindre une, voire d’en constituer avec eux, est essentiel, car l’appartenance à un petit groupe fraternel de chrétiens est une des étapes importantes de l’évangélisation et de la croissance spirituelle d’un disciple du Christ. C’est une des aides que nous pouvons leur offrir, afin qu’ils demeurent fidèles à la grâce qu’ils ont reçue.
La demande d’un catéchumène peut se présenter de façons diverses. Beaucoup d’entre eux ont fait l’expérience d’une rencontre particulière et impressionnante avec le Christ ; ils ont déjà lu l’Écriture Sainte, et parfois vont déjà à la messe le dimanche. Certains viennent avec une demande précise ; d’autres à l’invitation d’un ami ; d’autres encore sont en attente de « quelque chose » qui donnerait un sens à ce qu’ils vivent… Ils peuvent y penser depuis longtemps ou hésiter encore. Cette démarche est souvent l’aboutissement d’une longue histoire, ou l’émergence d’un long cheminement intérieur. Mais dans tous les cas, la formulation d’une demande « religieuse » est quelque chose d’important pour celui qui la formule. Il a fallu du courage pour que ces personnes entreprennent cette démarche. À nous de les accueillir telles qu’elles sont et avec ce qu’elles disent, simplement, sans jugement ni apriori, mais avec respect, conscients que chacune est unique et que l’Esprit de Dieu est à l’œuvre dans sa vie avant nous. L’accueil est donc un acte spirituel : ce qui s’y joue, c’est déjà l’Évangile, une manifestation de la sollicitude de Dieu pour tous, sans distinction. La première bonne nouvelle, c’est d’être accueilli !
Et puis, il faut bien comprendre l’objectif de l’accompagnement d’une demande de baptême, de première communion ou de confirmation. Quel est-il ? On parle souvent de « préparer à un sacrement » ; mais cette formulation n’est pas vraiment ajustée. Il s’agit en fait de préparer quelqu’un à devenir chrétien ou à l’être un peu plus, grâce à ces sacrements, c’est-à -dire à le préparer à une vie nouvelle. Le but de notre vie spirituelle n’est pas de recevoir des sacrements, mais d’entrer dans l’intimité avec Dieu ; et les sacrements en sont le moyen privilégié. Et cela a comme conséquence, au niveau des communautés et des équipes d’accompagnement, de ne pas se concentrer sur la préparation des sacrements comme s’ils étaient séparés les uns des autres et formaient des entités en soi. Il est essentiel de comprendre le lien intrinsèque qu’il y a entre eux et l’unité de ces trois sacrements, appelés sacrements de l’initiation.
La relation avec le Christ est donc au centre de tout parcours de préparation. C’est pourquoi le concile Vatican II affirmait : « Le catéchuménat n’est point un simple exposé des dogmes et des préceptes, mais une formation à la vie chrétienne intégrale » (Ad Gentes, 14). Ce que nous désirons faire découvrir à toutes ces personnes qui frappent à la porte de nos communautés, c’est Jésus, le Chemin, la Vérité et la Vie. Par une rencontre personnelle à travers l’Écriture Sainte, la prière, les sacrements, la vie ecclésiale, notre souhait est que chacun puisse faire dans l’Église l’expérience vitale de l’Amour du Christ pour lui.
Autrement dit, il s’agit d’aider ces demandeurs à adhérer à la foi de l’Église : une foi priée personnellement et communautairement ; une foi vécue, où ils s’efforcent de mettre en pratique la Bonne Nouvelle annoncée par Jésus dans le concret de leur existence ; une foi connue et professée, au contenu de laquelle ils adhèrent, dans sa cohérence et sa globalité ; une foi célébrée et vivante dans l’espérance, par le pratique des sacrements et la vie en l’Église. Et pour cela, le catéchuménat et le néophytat s’appuient sur quatre piliers, mis en œuvre de manière adaptée et progressive : la formation, l’accompagnement personnalisé par un frère ou sœur aîné dans la foi, la fraternité par l’appartenance à un petit groupe de chrétiens, et le service des autres. Ce sont eux qui permettent la pérennité de la conversion, assurent la croissance de ces nouveaux disciples, et font entrer dans l’amour et le sens de l’Église, avec le désir de témoigner de sa propre foi à son entourage. Nous comprenons alors que pour devenir chrétien, un temps d’initiation est certes nécessaire, mais que nous ne cessons jamais de le devenir. C’est une démarche qui ne se termine pas le jour de la célébration du sacrement demandé, même si ce jour est une étape décisive ; il y a tout le temps qui s’ouvre ensuite.
Tout cela est un beau défi pour nous tous, à porter dans l’espérance et l’action de grâce. Dans quelques jours, nous allons entrer en carême, cette ultime préparation des catéchumènes à devenir pleinement chrétiens en recevant le baptême dans la nuit de Pâques. Il sera suivi du Temps pascal, qui sera aussi pour nombre de confirmants les derniers jours avant de recevoir l’Esprit Saint à la Pentecôte. Durant toutes ces semaines, ils seront invités avec tous à entrer dans l’Espérance, cette certitude que « Celui qui nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (1 P 2, 9), en nous donnant la vie, en envoyant son Fils unique non pas pour condamner mais pour sauver le monde, pour nous délivrer de nos péchés, en répandant son Esprit pour que l’Église soit constituée et devienne témoin de son amour, Celui-là ne nous abandonne jamais : Il est pour toujours fidèle à son Alliance, il ne reprend pas ce qu’Il a donné. Qu’Il soit notre joie à tous !
+ Jean-Marie Le Vert
Évêque auxiliaire de Bordeaux
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