Retrouvez l’édito de Mgr Le Vert pour le mois d’avril 2026
« Le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine se rendit au sépulcre, dès le matin, avant que les ténèbres fussent dissipées, et elle vit la pierre enlevée du sépulcre. Elle courut donc, et vint trouver Simon-Pierre et l’autre disciple que Jésus aimait… Pierre sortit avec l’autre disciple, et ils allèrent au sépulcre. Ils couraient tous deux ensembles, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre, et arriva au sépulcre. » (Jean 20, 1…4)
« Vite, [les femmes] quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples » (Mt 28, 8)
Dans les récits de la Résurrection, on court beaucoup ! Pourquoi toutes ces personnes variées se mettent-elles à courir ? Tout simplement parce qu’une telle nouvelle, la résurrection de quelqu’un, ne peut pas être gardée pour soi tout seul ! C’est trop extraordinaire, trop fort, trop magnifique ! Alors les témoins courent ! Une course qui s’apparente plutôt à une course de relais : chaque témoin qui a reçu cette Bonne Nouvelle la transmet à un frère ou une sœur, qui la transmettra à son tour avec le même empressement et la même conviction.
Et nous, qu’est-ce qui nous fait courir ? Tout baptisé a cette mission. Il est appelé à dire cette Bonne Nouvelle de la Résurrection qui a marqué son existence, et qu’il ne peut garder pour lui seul : l’enjeu est trop grand, trop beau ! Son témoignage est primordial pour la croissance de sa propre foi et celles des autres, et parfois pour l’éclosion de cette foi dans le cœur de tant de chercheurs de Dieu : les nombreux catéchumènes baptisés dans la nuit de Pâques ou les recommençants confirmés le jour de Pentecôte, affirment l’importance de cette transmission dans leur conversion par un chrétien vivant sa foi et osant en parler.
Mais cette course de relais ne doit pas faire oublier la nécessité aussi de s’arrêter, de réfléchir, de se ressourcer et de prier. L’urgence de la transmission prend sa source et se fonde dans la contemplation du Ressuscité, dont le premier don est la paix. Dès sa première apparition à ses disciples après sa résurrection, le Christ ressuscité commence par ces mots : « La paix soit avec vous ». Alors qu’ils sont tristes, apeurés, enfermés sur eux-mêmes, le ressuscité leur offre sa paix, la paix de celui qui a pris sur lui les péchés du monde, tout ce qui encombre nos cœurs, nos mémoires, nos histoires… Cette paix intérieure, quand elle est reçue, est la force de ceux qui témoignent d’une Bonne Nouvelle qui les dépasse ; elle leur permet d’en parler avec justesse et courage. Les premiers témoins ont bénéficié et recherché cette contemplation du Christ ressuscité, qui les a soutenus tout au long de leur vie et de leur mission. Et elle a surtout été la source de leur joie profonde, soulignée par les Écritures.
Car ils ont été marqués par la joie du Ressuscité. Et elle est surprenante, cette joie ! En retrouvant ses disciples, comment le Christ peut-il être pleinement dans la joie, sans que le souvenir et la tristesse de leur trahison ne viennent la ternir ? il ne peut pas être triste parce qu’il est « submergé par l’exultation » de les avoir sauvés. Et cette exultation du Salut est sans comparaison avec les péchés des hommes. Jésus l’avait dit avant même sa Passion : « C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion… Il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. » (Luc 15, 7 ; 10). Et Paul renchérira : « Il n’en va pas du don gratuit comme de la faute… Là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé. » (Romains 5, 15 ; 20). Nous comprenons alors cette parole surprenante de Néhémie : « La joie du Seigneur est votre rempart ! » (8, 10). Elle est notre rempart, car elle est le signe du Salut que Dieu offre ; elle nous sort de la tristesse et de la désespérance du péché. Et cela est vrai pour chacun de nous : Jésus a le même regard sur nous, par-delà nos fautes ; et chaque conversion, chaque demande de pardon est source de joie du Christ.
À Pâques, nous recevons la mission de l’annonce joyeuse de la Bonne Nouvelle. Nous sommes appelés à renouveler la foi de notre baptême et à refaire l’expérience de la rencontre avec Jésus ressuscité, qui nous invite à vivre de sa Paix et de sa Joie, et à témoigner de son Amour plus fort que la mort et le péché.
Avec gratitude, remercions Dieu pour son œuvre et chantons Alléluia ! Oui, le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! Joyeuses fêtes de Pâques !
+ Jean-Marie Le Vert
Évêque auxiliaire de Bordeaux
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