Entretien avec Sylvie Euloge : La Mission ouvrière doit inventer de nouvelles formes de fraternité

Déléguée diocésaine pour la Mission ouvrière, Sylvie Euloge revient sur la rencontre nationale à Paris, marquée par le partage d’initiatives locales et une réflexion commune pour faire vivre la fraternité dans les milieux populaires, avec des pistes concrètes pour le diocèse de Bordeaux.

C’est la deuxième fois que je me rends à une rencontre organisée par la Mission Ouvrière nationale dans les locaux de la CEF à Paris. Le thème cette année : « Mission ouvrière et populaire : défis et perspectives ».
En 2025, le projet de la Mission Ouvrière pour toute la France était d’organiser des rencontres délocalisées.

Chaque département a reçu le document préparatoire et, un des objectifs, était d’organiser comme des visitations entre département. Le thème : « accueillez-vous les uns les autres » à partir de l’épitre aux Romains 15, 7.

Quel était l’objectif principal de cette rencontre ?

La premier objectif a été d’entendre des témoignages de différentes régions, comment ils ont hésité, ont réfléchi ensemble, ont validé des organisations simples et festives. Par exemple, en Normandie ils travaillent avec le Secours Catholique et ont organisé des journées conviviales dans les quartiers.
En Bretagne, Saint-Brieuc et Brest ont finalement organisé une journée conviviale avec l’objectif de rejoindre la mémoire ouvrière. Les réalités d’aujourd’hui, c’est la fermeture de beaucoup d’usines et une industrie agro-alimentaire où les conditions de travail sont très difficiles.
Dans le Nord, ils ont organisé un banquet fraternel à Dunkerque qui a rassemblé 270 personnes. L’objectif était de donner une image concrète de la fraternité. Le choix de vivre cette journée festive, ça rejoignait la double fidélité, la tradition chrétienne  par le partage du repas et la mémoire ouvrière.
Nous avons ensuite écouté un exposé sur la doctrine sociale de l’Église, « une pierre d’angle pour bâtir un monde juste et fraternel à partir des plus pauvres. » de Yann Le Lay, prêtre du diocèse de Versailles.
Nous avons ensuite partagé en petits groupes et j’ai pu rencontrer des délégués de Lorraine, de Givors près de Lyon, de Créteil, de Reims et de Nantes.

Les réalités sont toutes différentes, le soutien par les diocèses et les infrastructures également. Par exemple à Reims, une permanence est organisée tous les semaines dans des salles attenantes à une église construite dans un quartier. Tous les mardis, il y a entre 15 et 30 personnes pour partager un café. Les discussions sont organisées à partir de la revue Témoignage et certains vont rejoindre des équipes ACO. Ce sont les prêtres qui signalent des personnes qu’ils rencontrent. C’est la permanente à mi-temps et des membres de l’ACO qui tiennent ces cafés. À Créteil, il y a un tiers lieu composé d’une chapelle et de salles de réunion. 

Quelles actions retenez-vous pour les mettre en œuvre sur le diocèse de Bordeaux ?

À Bordeaux, nous avons fait une belle fête Mission Ouvrière le 25 octobre 2025. Nous avons travaillé avec tous les mouvements pour organiser cette journée qui s’est appelée finalement fêt’espérance. Nous avons réuni près d’une centaine de personnes sur la journée à la salle Tachou à Bacalan. Et la JOC de Limoges nous a rejoint.

Le matin, chaque mouvement a pu se présenter et parler de ses projets : l’ACE, la JOC et l’ACO, il y a eu le beau temps du repas puis nous avons joué à un jeu de l’oie en groupes intergénérationnels. Et nous avons terminé par un messe à l’église Saint Rémi des Vignes. Toute la journée, Laurent Grzybowski nous a accompagné de ses chansons entraînantes.

Ce que j’espérais de cette fête : que les mouvements se rencontrent et vivent un moment festif ensemble, et que cette rencontre se prolonge dans l’année.

Il y a eu par la suite les « Noël en Mission Ouvrière », sur la rive gauche avec l’ACE et l’ACO et sur la rive droite avec la JOC et l’ACO. Ce sont des moments très attendus avec l’exploitation du message de Noël de la Mission Ouvrière.

Les projets à la suite de ces 2 jours ?

Ça devra être des projets portés par les 3 mouvements : ACE, JOC et ACO. Et donc en 2027, il y a des anniversaires à fêter : les 100 ans de la JOC, la jeunesse ouvrière chrétienne,  fondée le 13 mars 1927 à Reims. Les 80 ans de la Mission Ouvrière fondée par l’épiscopat français en 1957, avec « l’objectif de l’évangélisation privilégiée du monde ouvrier et pour coordonner l’activité des mouvements voués à l’apostolat du monde ouvrier ». Aujourd’hui, il a été décidé d’ajouter Populaire car on constate bien que les personnes que l’on rencontre ne sont plus tout à fait des ouvriers et vivent le plus souvent dans des quartiers populaires.

Il y aura aussi les 90 ans de la fondation de l’ACE, l’action catholique des enfants. Ces anniversaires peuvent être un tremplin pour l’avenir. Nous y réfléchissons ensemble.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué pendant ces deux jours ? 

– La joie de rencontrer des personnes de toute la France.

– Le partage des expériences.

– L’énergie que ces journées procure et l’envie de transmettre ces expériences pour inventer sur la Gironde.

– La conférence sur la doctrine sociale de l’Église : elle devrait permettre que les fragilités humaines soient entendues par l’Église.

– Et d’entendre à nouveau que nous sommes porteur d’un trésor qui est la révision de vie (Voir, Juger, Agir).

– La nécessité de constituer des réseaux en se rapprochant d’autres organisations comme le Secours catholique ici en Gironde.

– Et que notre mission repose sur 2 jambes : la réalité du travail et celle des milieux populaires.

En mai prochain se tiendra la rencontre nationale de l’ACO. Quels sont les enjeux de cette rencontre ?

Le thème cette année : « l’ACO, acteur de dialogue et de démocratie dans la société et en Église ». Sur les 500 délégués, 7 viendront de Gironde.

Nous débattrons dans des ateliers consacrés au travail, aux engagements collectifs et au lien entre les générations. Lors d’une soirée internationale, des personnes engagées auprès de migrants prendront la parole. Il y aura aussi des forums sur les axes suivants : Le travail a-t-il encore un sens ? L’engagement collectif est-il encore à la mode ? Faire Église ensemble ?

L’élection du nouveau Conseil national donnera les perspectives pour les 4 prochaines années. L’ACO 33 organisera un retour de cette rencontre nationale en octobre prochain. 

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