Inauguration de l’ermitage du Saint-Sépulcre -prise de parole de Cédric Martinez

À l’occasion de l’inauguration de l’ermitage du Saint-Sépulcre lieu mémoriel pour les personnes victimes d’abus dans l’Église, Cédric martinez témoigne.

Je prends la parole ici comme victime. Lorsque l’on parle de mémoire, on pourrait croire que tout cela appartient au passé. Que ces violences seraient derrière nous, comme des pages sombres de l’histoire que l’on referme. Mais pour les victimes, ce passé ne disparaît pas. Il continue d’exister dans nos vies, dans nos corps, dans notre mémoire. Les violences sexuelles détruisent des enfances. Elles brisent la confiance, elles abîment la relation aux autres, elles marquent toute une vie. C’est pour cela qu’un lieu de mémoire est important.

Je suis présent aujourd’hui parce que je fais partie de ceux qui pensent que chaque geste qui contribue à reconnaître ce que les victimes ont subi mérite d’être soutenu et encouragé. Toute initiative qui permet de reconnaître les violences commises et d’en garder la mémoire est une étape qui compte. Mais ma présence ici ne signifie pas que tout est réglé. Elle ne signifie pas non plus que tout serait désormais réparé. Au contraire. Ce lieu de mémoire doit nous rappeler que beaucoup reste à faire.

La reconnaissance des victimes n’est pas un point d’arrivée. C’est le début d’un chemin. Car les victimes existent encore aujourd’hui. Certaines trouvent la force de parler. Beaucoup restent dans le silence, par peur, par honte ou parce qu’elles pensent qu’elles ne seront pas entendues. Lorsque je prends la parole aujourd’hui, je pense aussi à celles et ceux qui ne peuvent pas parler. Je pense à ces enfants qui ont été blessés et qui n’ont jamais été écoutés. Je pense à ces adultes qui portent encore seuls ce qu’ils ont vécu.
Et je pense aussi à ceux pour qui la souffrance a été si lourde qu’ils ont décidé de mettre fin à leur vie.
La mémoire de ces violences n’a de sens que si elle nous oblige à regarder la réalité en face. Et elle nous oblige aussi à une vigilance collective. La protection des enfants ne repose pas seulement sur des règles ou sur des institutions. Elle dépend de l’attention que chacun d’entre nous porte aux enfants. Chaque adulte porte une part de cette responsabilité. Être attentif. Écouter un enfant qui parle. Prendre au sérieux une parole fragile. Ne pas détourner le regard lorsqu’un doute existe. Car les violences sexuelles prospèrent toujours dans le silence. Pendant longtemps, ce silence a permis aux agresseurs de rester impunis. Il a permis que ces violences se répètent. L’impunité n’est jamais seulement le fait d’un individu.
Elle existe aussi lorsque des institutions ferment les yeux, lorsque la société préfère ne pas voir, ou lorsque nous n’osons pas écouter la parole d’un enfant. C’est pour cela que la vigilance concerne chacun d’entre nous. Si ce lieu de mémoire existe aujourd’hui, il ne doit pas être seulement un symbole. Il doit être un rappel permanent de cette exigence. La mémoire des victimes ne doit pas rester enfermée dans la pierre d’un monument ou dans le texte d’une cérémonie. Elle doit nous rappeler que les victimes ne sont pas seulement une mémoire. Les victimes sont des personnes vivantes. Et la reconnaissance ne se mesure pas seulement à des paroles ou à des gestes symboliques. Elle se mesure à l’attention que nous portons aux plus fragiles. Aujourd’hui, la meilleure manière d’honorer la mémoire des victimes est simple : faire en sorte que les enfants soient protégés. Et cela commence par une chose essentielle : ne jamais détourner le regard lorsqu’un enfant a besoin d’être entendu et juste lui dire : « Je te crois, je te protège »

Pour aller plus loin

Consultez l’entretien mené avec le père Samuel Volta,
cheville ouvrière de ce projet

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