L’avent : l’attente joyeuse de la venue du christ

Retrouvez l’édito de Mgr Le Vert pour le mois de décembre 2025.

Chaque année, le temps de l’Avent nous prépare à la célébration de la Nativité du Christ. Mais peut-être nous demandons-nous pourquoi il faut recommencer cette préparation chaque année, ce qui pourrait bien se passer de nouveau. Depuis la naissance de Jésus, le monde ne s’est pas arrêté. Que va nous apporter un Noël de plus, à part l’occasion de faire la fête et de briser la monotonie des jours d’hiver ? Que pouvons-nous attendre de la venue du Christ, puisque Avent, « Adventum » en latin, veut dire avènement, venue.

L’attente est un état d’esprit spécifiquement chrétien. Elle est présente dans toute la Bible, dans la pédagogie et dans l’amour de Dieu pour l’homme. Car depuis le premier mot de la Bible jusqu’au dernier, il n’est question que de l’attente du Salut. Et l’attente biblique comporte elle-même plusieurs caractéristiques, dont la principale est peut-être la joie, joie qui naît de l’espérance. Non d’une espérance humaine, mais une espérance fondée en Dieu, une espérance qui est Dieu lui-même et sa présence, une espérance qui ne déçoit pas et qui repose sur la certitude absolue des promesses divines. L’Avent est là pour interroger notre attente. Il nous faut donc voir ce que nous attendons. Et en ce Jubilé de l’Espérance, cela est particulièrement opportun.

Pour nous, disciples de Jésus, il y a toujours trois dimensions à l’attente de l’Avent : l’attente historique de ce Noël ; l’attente de la venue définitive du Christ à la fin des temps ; et l’attente de la venue du Christ chaque jour dans notre vie, ce que l’on appelle la grâce.

L’attente historique de Noel

Par l’Avent, nous participons à l’attente du Messie vécue par les justes de l’Ancien Testament. Et cette attente commence dès la faute originelle : dans la descendance d’Ève, Dieu promet que naîtra un Sauveur (Genèse 3, 15). Noël est l’accomplissement de cette promesse millénaire. Par l’Avent, chacun est invité à désirer que ce salut se réalise, que le bien triomphe un peu plus en lui et autour de lui, en réalisant que le Christ est son Sauveur. Nous essayons de réaliser que nous avons besoin d’être sauvés, concrètement. Très souvent, nous réalisons mal cela : nous savons que nous faisons parfois des choses pas très bonnes ; mais en fin de compte, nous ne pensons pas être de si grands pécheurs que cela. Or, il nous faut réaliser que si le Christ n’était pas là pour nous soutenir à chaque instant par sa force, nous pourrions commettre tout le mal qui aujourd’hui nous fait horreur ou que nous nous pensons incapables de faire. L’Avent est là pour nous faire réaliser que nous sommes des hommes et des femmes sauvés.

L’attente de la venue définitive du Christ

Par-delà cette attente historique, personnelle, il y a aussi une attente plus générale : l’établissement plénier du Royaume de Dieu. Le Christ a inauguré son Règne en venant sur terre il y a deux mille ans. Il a accompli notre rédemption, et rien n’est à ajouter à ce qu’il a fait. Mais il faut que chaque homme accepte et réalise en lui ce salut. Et c’est seulement le jour du retour du Christ, à la fin des temps, que la promesse sera pleinement réalisée, que le Royaume de Dieu sera pleinement établi : cette attente sera alors totalement satisfaite. Nous n’attendrons plus, nous contemplerons. C’est ce que nous disons et prions à chaque eucharistie après la consécration : « Nous attendons ton retour dans la gloire ». Pendant l’Avent, nous sommes appelés à creuser ce désir du retour définitif du Christ, qui sera la fin de toute souffrance, de tout mal et de toute mort. Car, il faut bien l’avouer, nous souhaitons parfois que cela vienne le plus tard possible, comme si ce que nous vivions sur cette terre était meilleur que le monde nouveau que Dieu nous promet.

L’attente de la grâce

Même si le Royaume de Dieu a été établi par la naissance historique du Christ, et que nous attendons son plein achèvement dans le monde à venir, il reste que, d’une certaine manière, nous en sommes déjà participants sur terre. Cette participation se fait par la grâce que nous recevons à chaque instant. Par l’Avent, nous nous mettons en état de recevoir le don de Dieu.

Peut-être avez-vous déjà entendu certains dire : « À quoi cela sert-il de préparer Noël ? Jésus est né il y a longtemps, et il ne va pas revenir le 25 décembre. À Noël, ça sera comme tous les ans. Finalement, il ne se passe rien ; après, la vie est exactement comme avant, avec ses difficultés, ses souffrances, ses guerres… ». Il est bien vrai que Jésus est né une fois pour toutes, et qu’il ne renaît pas chaque année à Noël. Mais le Christ n’est pas né uniquement pour ses contemporains. Cet événement concerne tous les hommes. Et nous sommes invités, non pas à faire « comme si », mais à accueillir aujourd’hui, dans notre vie, le mystère de l’Incarnation, de la venue du Seigneur. Car Jésus, qui est né il y a deux mille ans, est réellement vivant et présent maintenant. La crèche, c’était peut-être hier ; mais Jésus fait homme par amour pour nous, c’est aujourd’hui ! Et c’est bien cela, l’essentiel de Noël. Autrement dit, pendant l’Avent, nous ne préparons pas un berceau pour accueillir un nouveau-né, mais nous préparons nos cœurs pour accueillir encore un peu plus Dieu fait homme. Et même si nous l’avons déjà fait l’an dernier, c’est en fait chaque jour que nous sommes invités à accueillir Jésus. On ne l’accueille jamais une fois pour toutes, et jamais suffisamment. Ce n’est jamais fini. Ce que nous attendons, c’est une plus grande sainteté aujourd’hui.

Ainsi, cet état d’attente de la venue du Christ doit être constant. Le Christ le dit sans cesse : « Veillez, vous ne savez pas le jour… Ne laissez pas votre cœur s’alourdir… » (Luc 21, 34-36). En fait, nous avons toujours tendance à renvoyer la venue du Christ, son avènement à la fin du monde, en pensant d’ailleurs que nous n’y serons pas. Et on finit par croire que l’on a tout le temps devant soi. C’est justement contre cette fausse appréciation que Jésus nous met en garde. Jésus nous dit tout au long de l’Evangile qu’il vient nous visiter à chaque instant, au sein même de nos occupations les plus ordinaires. C’est donc à tout instant que nous devons être prêts à l’avènement de Jésus. Voilà pourquoi l’attente est un état si typiquement chrétien.

La joie de l’attente

La caractéristique de l’attente divine, c’est la joie. La naissance du Sauveur est annoncée aux bergers comme un sujet de joie (Luc 2, 10). Après leur visite à la crèche, les bergers demeurèrent ce qu’ils étaient : pauvres et simples. Leur vie demeura précaire et besogneuse. Cependant, leur visite les a changés : après avoir rencontré le Messie et découvert la grande joie annoncée par l’Ange, « ils s’en retournèrent en glorifiant Dieu ». Leur cœur avait changé ; notre cœur est appelé à changer à Noël.

C’est la joie qui donne toute sa portée à l’attente de la venue du Christ. Bernanos l’avait bien compris quand il écrivait : « Tiens, je vais te définir un peuple chrétien par son contraire. Le contraire d’un peuple chrétien, c’est un peuple triste ». Le pape François nous l’a répété souvent : notre joie naît de la venue certaine du Sauveur ; certaine parce que Dieu ne peut renier ses promesses. « Avec Jésus-Christ, la joie naît et renaît toujours… Personne n’est exclu de la joie que nous apporte le Seigneur… C’est la joie qui se vit dans les petites choses de l’existence quotidienne… Pourquoi ne pas entrer nous aussi dans ce fleuve de joie ?… La joie de l’Évangile est celle que rien et personne ne pourra jamais enlever (cf. Jn 16, 22). » (La joie de l’Evangile, nn° 1 ; 3 ; 4 ; 5 ; 84).

Pour connaître la joie de Noël, il faut être prêt à s’émerveiller de ce que nous semblons connaître par cœur. L’Avent nous rappelle que nous devons être prêts à rencontrer le Seigneur à tout moment de notre vie. Qu’attendons-nous de la vie et qui attendons-nous ? Quel sens donnons-nous à notre existence ? Très souvent, les choses, les qualités, les cadeaux ou les personnes que nous attendons ou que nous désirons en disent long sur ce que nous sommes réellement : dis-moi ce que tu attends, et je te dirai qui tu es ! L’Avent est là pour nous rappeler les merveilles de Dieu et nous ouvrir les portes de l’Espérance.

+ Jean-Marie Le Vert

Évêque auxiliaire de Bordeaux

L’article L’avent : l’attente joyeuse de la venue du christ est apparu en premier sur Diocèse de Bordeaux – Église catholique en Gironde.