« Le premier jour de la semaine, à la pointe de l’aurore… » (Lc 24, 1)

Retrouvez l’édito de Mgr James pour le mois d’avril.

« Le premier jour de la semaine, à la pointe de l’aurore… » (Lc 24, 1)

Vous rappelez-vous Pâques pendant le confinement ? La célébration de la vigile pascale avait eu lieu vers 6 heures le matin. Le jour n’était pas encore levé. Nous avions marché dans la nuit vers l’église. Sur la route, nous étions lourds de tant d’incertitudes sur la fin du COVID.  Cette année, d’autres incertitudes et des préoccupations nous habitent : dans le chaos actuel, sans assurance sur la suite des alliances prises entre pays après la seconde guerre mondiale, comment va évoluer le conflit en Ukraine ?  Un accord de paix dans la vérité et la justice est-il envisageable ? Que peut-on espérer en Israël, à Gaza, en Palestine ? Et nos frères et sœurs chrétiens de Syrie ? Et cette renaissance de l’antisémitisme ? Incertitudes aussi dans notre Église : les baptisés de Pâques vont-ils trouver une place dans nos communautés ? Allons-nous savoir leur dire le besoin que nous avons d’eux ? Et ces jeunes venus en nombre le mercredi des cendres, vont-ils revenir ? Allons-nous leur proposer une place ?  C’est au cœur de la nuit, dans ces incertitudes que résonne l’annonce de la résurrection du Christ notre Espérance, que nous devenons pèlerins et signes d’Espérance.

L’annonce de la résurrection du Christ notre Espérance

« Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il est ressuscité » (Lc 24,6). Quelques femmes entendent ce message à Jérusalem.  Le jour est à peine levé. Sans doute, Marie-Madeleine et les autres femmes marchaient-elles le cœur lourd, la mort dans l’âme. Elles s’attendaient à buter contre l’énorme pierre qui fermait le tombeau creusé dans la colline. Puis, ayant entendu les premières l’annonce, voilà des va et vient au tombeau. Tout s’agite. Puis c’est Pentecôte et la dispersion. Des communautés se forment. On fixe par écrit le cœur de la foi chrétienne, le kérygme dans les Évangiles et les Lettres du Nouveau Testament. Et vient la rédaction du Credo de Nicée, il y a 1700 ans : « crucifié pour nous sous Ponce Pilate, il souffrit sa passion et fut mis au tombeau. Il ressuscita le troisième jour conformément aux Écritures. ». Folie ? Invention humaine tout cela ? « C’est trop beau pour être vrai » pensent plusieurs. Quand Saint Paul, après un beau discours (Ac 17, 16-32), annonce aux savants et lettrés d’Athènes, la résurrection du Christ, ceux-ci en sourient et s’éloignent : c’est pas sérieux ! Dans les Évangiles, les récits de résurrection sont heurtés, bousculés. L’évènement est déroutant, les récits aussi. Parfois même les Évangiles divergent sur certains détails. Les évangélistes auraient pu se mettre d’accord ! Mais non ! Ils ne se soucient pas d’un témoignage organisé. Cela illustre l’insondable richesse du Mystère du Christ ; et puis l’évènement de la résurrection est radicalement neuf. Les textes nous disent la stupéfaction des disciples : ça les dépasse ! La résurrection de Lazare et celle du fils de la veuve de Naïm ne sont qu’une sorte de sursis avant leur mort « pour de bon ». Ce qui se passe à Pâques est unique dans l’histoire de l’humanité : un homme surgit debout, vainqueur de la mort. Sur lui, la mort n’a plus aucun pouvoir. Et c’est Lui, le Christ ressuscité qui prend l’initiative de la rencontre : Il vient à eux, Il leur parle. C’est leur expérience, c’est aussi la nôtre ; c’est celle de catéchumènes. Un étudiant parle d’une « présence presque palpable », vécue lors d’une célébration qui l’a poussé au baptême. Et il ajoute : « Désormais j’ai la certitude de ne plus être seul pour m’aider à diriger ma vie ! ». Le Christ est vivant ! « Il faut le rappeler souvent, parce que nous courons le risque de prendre Jésus-Christ comme un souvenir, comme quelqu’un qui nous a sauvés il y a deux mille ans. Cela ne nous servirait à rien, cela nous laisserait identiques, cela ne nous libérerait pas. Celui qui nous remplit de sa grâce, qui nous libère, qui nous transforme, qui nous guérit et nous console est quelqu’un qui vit. C’est le Christ ressuscité… Jésus est l’éternel vivant. Accrochés à lui nous vivrons et traverserons toutes les formes de mort et de violence qui nous guettent en chemin »[1].  Nous sommes heureux de l’annoncer et de le célébrer.

Des catéchumènes éprouvés par le décès de leurs grands-parents chrétiens, expriment leur aspiration à les « retrouver », à « connaitre le paradis », à « aller au ciel », à désirer le baptême « pour la vie éternelle ». Étrange penseront certains !  « On aura toujours le temps d’y penser plus tard ». Pourtant ces catéchumènes ont raison ! Le véritable sens de la vie échappe aux myopes spirituels ! Il faut regarder loin. C’est le propre de l’Espérance. Son objet, c’est la vie éternelle. La vie près de Dieu, la vie avec Dieu pour toujours.« Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes » (1 Co 15, 19). Mais quand nous parlons de vie éternelle, nous ne nous limitons pas à parler de la vie après la mort : « Si Jésus nous ouvre la vie éternelle, c’est qu’il nous oblige à renoncer à nos frontières entre la vie d’ici-bas et la vie dans l’au-delà : c’est la même vie ! La vie éternelle commence maintenant, et elle se poursuit éternellement »[2]. Voilà notre Espérance !

Pèlerins et signes d’Espérance

Cette Espérance ne nous détourne pas du quotidien. Avec l’Espérance chrétienne, on ne peut pas dire en pensant à notre vie : « attendons que ça passe ! Vivement la fin ! D’ailleurs, on n’y peut rien » C’est une caricature ! Au contraire l’Espérance chrétienne, c’est un dynamisme nouveau ! Dans la « puissance de sa résurrection » (Phi 3, 10), le Christ nous remplit de courage, de persévérance pour vivre aujourd’hui ! Le Livre des Actes des Apôtres en témoigne ! L’Espérance chrétienne nous pousse à la rencontre des autres : elle est la petite sœur qui entraîne les deux grandes, la foi et l’amour. La Résurrection du Christ l’affirme : le seul chemin de la vie qui ne finit pas, c’est celui de l’amour. Notre Pape l’écrit : « l’espérance nait de l’amour et se fonde sur l’amour »[3]. « Espérer, dans la pratique, ce n’est pas seulement croire que nous sommes capables d’éternité : c’est vivre en préférant l’éternel au reste, en faisant passer l’éternel d’abord, avant l’urgent, avant tout le reste qui nous paraît si important sur le moment »[4].  Espérer, c’est adopter le « point de vue de l’amour ». Dans le récit du jugement dernier (Mt 25 ), de quoi parle-ton ? Des actes d’amour du quotidien : donner à manger, vêtir, visiter… Ils ont valeur d’éternité. Ils demeurent éternellement. Voilà notre Espérance ! Nous nourrissons notre Espérance par la charité, par l’amour fraternel !

Ils sont pèlerins et signes d’espérance, les jeunes de notre diocèse qui imaginent leur avenir autrement que comme une course effrénée à la consommation, au pouvoir et à l’argent ! Ces jeunes qui consacrent une soirée à une maraude, à ‘Hiver solidaire’, ou à faire des visites aux personnes âgées de l’Ehpad du quartier. Ils vivent ces engagements comme un fruit de leur prière.

Ils sont pèlerins et signes d’espérance les hommes et les femmes qui unissent leur vie en s’engageant dans le mariage pour s’aimer toujours et donner la vie à des enfants du bonheur. Ils sont signes concrets d’espérance pour tous ceux qui, autour d’eux, hésitent à vivre un amour fécond !

Ils sont pèlerins et signes d’espérance, les jeunes hommes et femmes qui vivent un engagement dans le célibat à cause du Royaume de Dieu : sans savoir ce que sera l’Église demain, ils sont les hommes et les femmes de l’à venir de Dieu.

Ils sont pèlerins et signes d’espérance ceux qui sont écrasés par les bombes et les violences de la guerre, en Ukraine, au Moyen-Orient ou ailleurs, et qui ne s’abandonnent pas à la vengeance, à la logique absurde de la haine !

Ils sont pèlerins et signes d’espérance, ces malades et personnes âgées qui accueillent l’icône jubilaire de la miséricorde et qui prient chez eux pour soutenir les membres de leur famille, leurs amis, leurs voisins, tous ceux qui traversent des moments difficiles.

Vous êtes pèlerins et signes d’Espérance, vous frères et sœurs du diocèse, mariés ou célibataires, engagés dans les missions du diocèse, ministres ordonnés, personnes laïques ou consacrées, quand, dans la puissance de Sa résurrection, vous vivez en fraternités, en équipes, en communautés, la communion fraternelle, quand vous vivez ce que Saint Grégoire le Grand écrivait : « Dans la sainte Église, chacun est le soutien des autres et les autres sont le soutien de chacun ».

Unis à nos frères et sœurs chrétiens, catholiques, protestants, orthodoxes, anglicans des cinq continents, pèlerins d’espérance, nous sommes heureux de fêter Pâques. Car, le Christ Notre Espérance est ressuscité.  Il est vraiment ressuscité !

                                                                                                          26 mars 2025
       +  Jean-Paul James

                                                                               


[1] Pape François, « Il vit, le Christ », 2019, n° 124 et 127

[2] P. Adrien Candiard, « veilleur où en est la nuit ? », éditions du cerf, 2016, p. 72

[3] Pape François « l’espérance ne déçoit pas » n°3

[4] P. Adrien Candiard, « veilleur où en est la nuit ? », Editions du Cerf, 2016, p. 74


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