En juillet, le diocèse de Bordeaux célèbre saint Simon Stock, religieux anglais devenu grande figure du Carmel. Sœur Marie-Joëlle, prieure du monastère des Carmélites de Bordeaux-Talence dépeint les liens étroits entre la congrégation et cette figure de sainteté locale.
Que représente aujourd’hui saint Simon Stock pour la vie du Carmel ?
« Totus marianus est Carmelus », Le Carmel est tout marial, aimons-nous répéter dans notre Ordre. Lorsque nos premiers pères s’installèrent sur le Mont Carmel, près de la source du prophète Élie, ils y dédièrent une petite chapelle à Notre-Dame pour manifester leur désir de se placer sous sa protection, de l’honorer et de la servir. Par la suite, ils prirent le nom de Frères de la Bienheureuse Vierge Marie. Saint Simon Stock (né en Angleterre vers 1165 et décédé à Bordeaux le 16 mai 1265) est un témoin privilégié de cette tradition mariale. Alors qu’il était Prieur Général de l’Ordre, et que celui-ci traversait de grandes difficultés, il aimait se tourner vers la Vierge Marie et la priait avec confiance : « Fleur du Carmel, Vigne fleurie, Beauté du Ciel, Vierge féconde, Mère douce et toute pure, Étoile de la mer, donne-nous un signe de ta maternelle protection ! » Aujourd’hui encore, nous aimons reprendre cette belle prière qu’il nous a transmise. C’est alors qu’il la suppliait par ces paroles que la Vierge lui apparut. Lui tendant le scapulaire, elle lui dit : « Voici un privilège pour toi et tes frères : quiconque mourra revêtu de ce scapulaire sera sauvé. » En le recevant de Marie, saint Simon Stock a été comme à nouveau revêtu de l’habit de son Ordre qui devenait ainsi l’Habit de la Vierge. Marie, comme une douce Mère, l’invitait ainsi à se laisser revêtir par elle de Jésus-Christ. Elle n’a pas ajouté quelque chose de nouveau à la spiritualité carmélitaine, mais elle a invité les Carmes à approfondir leur relation avec elle dans une confiance toute filiale. L’apparition à saint Simon Stock est comme une confirmation du caractère marial de l’Ordre, de sa mission de garder présente l’intimité du Christ avec sa mère. Par la suite, les souverains pontifes n’ont cessé d’approuver et de favoriser le port du scapulaire, non seulement pour les Carmes, mais aussi pour tous les fidèles qui le désirent.
Pourquoi le scapulaire est-il au cœur de la spiritualité du Carmel depuis des siècles ?
Le scapulaire est la pièce de vêtement que les Carmes, comme beaucoup d’autres religieux, portent par-dessus leur habit. Il repose sur les épaules (en latin scapula) et retombe par devant et par derrière. Pour les fidèles, deux morceaux d’étoffe brune reliés par un cordon le remplacent afin d’être portés plus discrètement sous les vêtements. Au long des siècles, d’innombrables grâces ont été obtenues au moyen du scapulaire : guérisons physiques, extinction d’incendies, apaisement dans les derniers moments, force pour garder la chasteté, fermeté dans le combat spirituel, etc. Mais plus profondément, à travers l’imposition du scapulaire, le Carmel offre à tous ceux qui le désirent la possibilité d’avoir part à ses biens spirituels et en particulier à cette grâce d’intimité mariale. La spiritualité mariale au Carmel se caractérise par une grande simplicité et sobriété. Plus que des actes de dévotion, il s’agit de se placer sous le manteau de Marie pour vivre toutes choses avec elle et en elle : le scapulaire est une manière de se consacrer au Cœur immaculé de Marie. Comme elle, nous voulons vivre dans la dépendance de Jésus-Christ en écoutant sa Parole et en la gardant dans notre cœur. Marie nous guide dans la prière et dans toute notre vie. Sous sa conduite, nous apprenons à nous laisser purifier, à redire notre Fiat [«Qu’il soit fait». Réponse de la Vierge Marie à l’archange Gabriel, le jour de l’Annonciation lorsqu’elle accepte de devenir la Mère de Dieu (Luc 1, 38). ndlr], à chanter les merveilles de Dieu à travers le Magnificat et à rester debout à l’heure de la Croix. Elle nous aide également à ouvrir notre cœur à l’intercession pour nos proches comme à Cana et à prier pour toute l’Église comme au Cénacle. Le scapulaire est comme un résumé de la spiritualité du Carmel.
On attribue à saint Simon Stock la deuxième partie de l’Ave Maria. Que représente cette tradition pour vous ?
La tradition rapporte que saint Simon Stock aurait adressé à Marie cette prière au moment où il s’apprêtait à paraître devant Dieu, ici à Bordeaux. Elle est en quelque sorte son testament spirituel. À travers ces mots si simples que chacun peut faire siens, il exprimait encore cette confiance filiale qu’il avait témoigné toute sa vie envers la Vierge Marie et qui représente bien l’esprit du Carmel. Comme lui, nous pouvons avoir recours à Marie à chaque instant. Par l’invocation à la Mère de Dieu, le plus grand privilège de Marie, il nous invite aussi à louer Dieu pour les merveilles qu’Il a opérées en son humble Servante. Si la spiritualité carmélitaine est davantage tournée vers la prière silencieuse, cet esprit intérieur se déploie dans les prières vocales comme celle du saint rosaire ou le chant liturgique. Ces différentes formes de prière sont complémentaires. Tout vient du cœur : quand on aime quelqu’un, on a besoin de le lui dire et de le lui montrer. Ce qui est beau avec cette invocation à la Mère de Dieu, c’est qu’elle nous rappelle que Marie n’est pas au centre. Elle nous donne Jésus et nous conduit à Lui.
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