Retrouvez l’édito de Mgr James pour le mois de juillet 2026.
Pendant l’été, le repos est nécessaire ainsi que les rencontres familiales et amicales. La prière fait partie du programme estival : pèlerinages, rassemblements, méditation personnelle ! Je vous propose d’ajouter aussi la lecture : tant de livres nourrissants nous sont proposés ! Mais avez-vous lu la dernière lettre encyclique « magnifique humanité » (MH) du pape Léon XIV ? Je vous encourage à le faire. La lettre a pour objet « la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle ». L’enjeu c’est bien la personne humaine : que devient-elle dans la civilisation actuelle ? Comment est-elle considérée ? Ces questions ne sont pas seulement pour quelques-uns, mais pour l’humanité, les jeunes et adultes d’aujourd’hui et de demain. « Face à de nouvelles formes de déshumanisation, nous avons le devoir urgent de rester profondément humains, en gardant avec amour cette magnifique humanité qui nous a été donnée et qu’aucune machine ne pourra jamais remplacer dans sa splendeur » (MH n°15).
Les progrès techniques sont aujourd’hui considérables. Des outils nouveaux sont mis à la disposition de notre humanité : « la numérisation, l’intelligence artificielle, la robotique » (MH n°4). Dans son histoire récente, l’Église reconnait l’apport et le bienfait des progrès scientifiques et techniques. Elle invite aussi et toujours à un discernement dans leur usage. Discernement dont elle puise la lumière dans sa foi : « La foi éclaire toute chose d’une lumière nouvelle et nous fait connaitre la volonté divine sur la vocation intégrale de l’homme » (Vatican II, Gaudium et Spes 11,1). Devant les fascinations et inquiétudes provoquées par l’Intelligence Artificielle, outil nouveau, Léon XIV invite au discernement, en considérant la personne humaine, sa dignité, sa grandeur. Comme le faisait remarquer en son temps, Georges Bernanos : « le danger n’est pas dans la multiplication des machines, mais dans le nombre toujours croissant d’hommes habitués, dès l’enfance, à ne rien vouloir de plus que ce que les machines peuvent donner » (Antiqua et nova n°112). Dit autrement, nous ne pouvons pas subir passivement ces développements des sciences et des techniques. Nous sommes en situation permanente de discernement.
Pour cela, Léon XIV nous pousse à puiser dans les trésors de l’enseignement social de l’Eglise ; celui-ci donne des critères de discernement, évoqués déjà par exemple par saint Jean-Paul II : « la question essentielle et fondamentale, écrivait-il dans son encyclique sur le Rédempteur de l’homme, reste toujours de savoir si l’homme en tant qu’homme, dans le contexte de ce progrès, devient vraiment meilleur, c’est-à-dire plus mûr spirituellement, plus conscient de la dignité de son humanité, plus responsable, plus ouvert aux autres, en particulier aux plus nécessiteux et aux plus faibles, plus disposé à apporter de l’aide à tous ».
Plutôt que de parler de toute l’encyclique, je souligne d’abord un point majeur évoqué par Léon XIV : la doctrine sociale de l’Église trouve sa source dans la méditation de l’Écriture Sainte. Le Pape l’illustre en nous proposant deux images bibliques : le récit de la tour de Babel (Gn 11, 1-9) et la reconstruction de Jérusalem (Livre de Néhémie Ne 1-2). Au cours de l’été, je suggère de méditer ces deux passages bibliques, d’y accueillir les lumières de la Parole de Dieu pour notre propre vie, nos propres engagements, notre propre rapport aux techniques.
Il s’agit de passer de Babel à la voie présentée par Néhémie. À Babel, les êtres humains veulent s’assurer sécurité et pouvoir, se faire un nom. « Le projet cache un piège profond : c’est une œuvre conçue sans référence à Dieu, soutenue par une uniformité qui élimine la diversité et, au lieu de la communion, choisit l’homogénéisation. Lorsque la cité est construite sur l’orgueil et la prétention à se suffire à elle-même, la communication se dégrade, les langues se confondent et les êtres humains ne se comprennent plus » (MH n° 7). Après l’exil à Babylone, Néhémie propose une autre voie pour reconstruire la ville. « Le récit montre comment la ville renait non pas grâce à l’initiative d’une seule personne, mais grâce à la responsabilité partagée de tout le peuple : prêtres, artisans, chefs de famille, femmes et jeunes. C’est une œuvre qui a Dieu au centre et qui rétablit les liens avant même de poser les pierres » (MH n° 8). Sur quoi le Pape veut-il attirer notre attention en nous rapportant cette double image biblique ? Sur la lumière qu’apporte la Bible pour trouver des critères de discernement : « La technologie peut soigner, relier, éduquer, protéger la Maison commune ; mais elle peut aussi diviser, rejeter, engendrer de nouvelles injustices. En théorie, elle n’est pas en soi une solution aux problèmes de l’humanité, tout comme elle n’est pas en soi un mal ; mais concrètement, elle n’est pas neutre, car elle prend le visage de ceux qui la conçoivent, la financent, la régulent et l’utilisent. C’est pourquoi le premier choix ne se situe pas entre un “oui” ou un “non” à la technologie, mais entre bâtir Babel ou reconstruire Jérusalem ; entre un pouvoir qui prétend dominer le ciel et un peuple qui, en présence de Dieu, se met à travailler de manière unie pour relever les murs de la cohabitation fraternelle » (MH n° 9).
Léon XIV poursuit en rappelant les fondements et principes de la Doctrine sociale de l’Église. Alors que nous nous préparons à des échéances électorales importantes pour notre pays, il peut être intéressant de relire, loin de toute pression, dans le calme relatif de l’été, ces références majeures : la dignité de toute personne humaine, créée à l’image de Dieu ; les notions fondamentales du bien commun, de la destination universelle des biens, les principes de solidarité et de subsidiarité, etc. Elles sont le fruit de la méditation de l’Écriture Sainte, de la Tradition de l’Église. Elles peuvent éclairer nos discernements dans tant de domaines, questionner « l’air du temps » que nous respirons, garder une distance critique par rapport à tant de propos, discours qui préfèrent trop souvent l’émotion à la raison.
Au cours de cet été, soucieux de vivre notre foi et d’en témoigner, j’incite à la lecture de cette encyclique accueillie avec grand intérêt bien au-delà de l’Église catholique. Je souhaite que ce document majeur de notre Pape éclaire et stimule les discernements à opérer dans nos vies personnelles, familiales, professionnelles, sociales et ecclésiales. Bon été !
+Jean-Paul James
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